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jeudi 2 avril 2009

Hans Memlinc.

Né à Selingenstadt-sur-le-Main 1, en Allemagne, probablement aux alentours des années 1440, on ignore tout de sa formation initiale 2. Bien qu'aucun document ne vienne l'attester formellement 3a Memlinc du probablement se perfectionner dans l'atelier de Rogier Van der Weyden. En effet la grande parenté stylistique entre les deux artistes et l'arrivée de Memlinc à Bruges aussitôt après le décès de Rogier Van der Weyden 3b vont dans ce sens.


L'homme qui vient alors de se faire enregistrer comme citoyen de Bruges le 30 janvier 1465 sous le nom de Jean Van Mimnelinghe y passera le reste de son existence jusqu'au 11 août 1494, date à laquelle il s'éteint.

La vie d' Hans Memlinc reste tout d'abord marqué par son incontestable réussite professionnelle, il compte en effet non seulement parmi les citoyens les plus aisé4 de la ville mais est également considéré par ses contemporains comme l'un des plus excellent peintre de son temps 5. Paradoxalement même si Memlinc a jouit d'une renommée internationale de son vivant sont influence artistique aussi considérable qu'elle fut, resta dans l'orbite brugeoise, et ses peintures elles-mêmes devaient d'ailleurs être jugé avec sévérité par les générations suivante.


Curieusement Memlinc ne fut jamais inscrit au sein de la gilde des peintres et selliers brugeois et ne semble pas pour autant avoir eu de fonction a la cour ducale qui expliquerait cette exemption. On en à donc déduit qu'il devait occuper une position privilégiée.

Signe d'une reconnaissance sociale toujours plus grande le peintre fut admis, aux Alentours de 1473-1474, au sein de la confrérie religieuse de Notre-dame-de-la-Neige qui avait pour siège Notre-Dame à Bruges. Cette confrérie était composé d'hommes appartenant à la noblesse, au clergé ou a la haute bourgeoisie. Autre élément qui illustre l'aisance financière du peintre brugeois, vers 1480 il reçoit un remboursement du prêt 6 consentit par Bruges à Maximilien D'autriche.


Sur un plan plus personnel on ne sait que peu de chose si se n'est qu'en 1466, Hans Memlinc s'installe dans une grande maison en pierre rue Saint-George et qu'il en deviendra par la suite propriétaire. On ignore tout de sa femme hormis son nom (Tanne ou Anne), et la date de sa mort (1487). De ce mariage étaient alors nées trois enfants : Hannekin (Jean), Neelkin (Corneille), et Claykin (Nicolas). On sait qu'aucun n'avait atteint la majorité (25 ans) à l'époque du décès de leur mère puisque la part de l'héritage destiné aux enfants fut mit sous tutelle. Il devait d'ailleurs en être de même lors du décès de leur père sept ans plus tard. Ce fut alors un confrère d'Hans Memlinc, Louis de Valkenaere qui fut désigné comme tuteur des enfants.


1: Situé sur la rive gauche du Main à mi-chemin entre Francfort et Achaffenburg. Les archives de la ville mentionnent a plusieurs reprises le nom de ses parents : Hammann mômlingen et Luca Styrn. Peut-être originaire du village de mômlingen ( A environs 15km au sud-ouest d'Achaffenburg).

2: L'absence de grand foyer artistique aux alentours de Selingenstadt laisse envisager que c'est à Cologne que le jeune Memlinc fit ses débuts.

3A: Non seulement Vasari en 1550 considérait déja Memlinc comme l'élève de Rogier Van der Weyden, mais un autre élément va dans ce sens. Un inventaire de 1516 de la collection de Marguerite d'Autriche attribue un le panneau central d'un triptyque figurant une pietà à Maître Rogier et les panneaux latéraux de ce même triptyque a maître Hans.

3B : Rogier Van der Weyden meurt le 18 juin 1464.

4 : Hans Memlinc est recensé comme l'un des 150 citoyens les plus aisés de Bruges.

5 : Rombouts de Doppere, bénéficiaire de l'église Saint-Donatien et greffier apostolique mentionne dans son journal a propos de Memlinc :

« Die XI Augusti, brugis obiit magister Johannes Memmelinc quem praedicabant peritissimum fuisse et excellentissimumpictorem totius tunc orbis christiani. Oriendus erat Magunciaco, sepultus Brugis et Aegedii... »

6 : Memlinc figure alors parmi les 107 citoyen aisées qui avaient, chacun, prêté une livre.

samedi 26 juillet 2008

Statut social et rôle économique des peintres brugeois à l'époque des états bourguignons.


Les peintres au bas moyen-âge sont avant tout des artisans regroupés au sein d'un « métier » définit par des cadres juridique très strict, et dont les maîtres, hormis quelques exemples célèbres comme van Eyck ou Memlinc, ne gagnent pas plus que les maîtres d'un autre « métier ». Il faut préciser cependant qu'il n'y a pas de normes, et la réalité montre de grandes disparité dans la situation financière de ces mêmes peintres.

Les peintres brugeois furent regroupés en métier dés 1358, ce métier ''des peintres et selliers'' sous le patronage de saint-Luc, regroupait à Bruges de 1454 à 1530 prés de 500 personnes (apprentis et maîtres confondus). Sept professions étaient réunies au sein du métier des peintres et selliers : Les peintres et imagiers, les peintres décorateurs et d'étoffe, les selliers, les bourreliers, les sculpteurs d'arçons, les verriers et les miroitiers. La Tâche du peintre ne se résume pas à cette époque à peindre sur panneau ou sur toile, mais à pratiquer sont art sur de nombreux autres supports, voir d'exercer certains travaux à priori incompatible avec les compétences d'un peintre. Aussi voit on Van Eyck alors qu'il est déjà en faveur auprès du duc de Bourgogne accepter de peindre et redorer les statues de la façade de l'hôtel de Ville de Bruges. Le cas du peintre travaillant pour Philippe le Hardi, Melchior Broederlam (1350-1410?), est tout aussi intéressant et illustre la multiplicité des taches qui pouvaient être confiées alors à un peintre de cour, « Son maître l'emploie [...] à tous les travaux qui relèvent de la compétence d'un maître peintre à la fin du moyen-âge, depuis la peinture des bannières (à l'huile!), des sièges et des galeries en bois jusqu'à la décoration d'une gloriette étincelante, toute dorée à la feuille, et à la préparation de maquettes et dessins pour ''l'ordonnance des carrelages''. »1. D'autres, encore, tel le Douaisien Nicaise de Cambrais, élargissent le champs de leur activité bien au delà du domaine de la peinture en organisant des divertissements pour la cour. Celui-ci, qui organisait à Bruges en 1419, « certain jeu, histoire et moralité sur le fait de la danse macabre », pouvait se féliciter d'avoir garder un rapport plus ou moins étroit avec l'art, si l'on songe qu'Aernout Raet et Jeahan Dubus exercèrent respectivement les professions de boulanger et de fromager!

La commande n'était pas le préalable à toute réalisation, les ateliers disposaient de toiles achevées et destinées à la ventes. C'est durant le XVe siècle que cette pratique s'est développée au point de faire de Bruges une place centrale du marché de l'art. Devant leur ateliers, les peintres disposaient de boutiques ou comptoirs sur lesquelles les œuvres étaient présentées. L'utilisation de ces «[...]boutiques et vitrines était sévèrement réglementée par les corporations de peintres[...] ».
A tel point que « Jusqu'en 1463, les peintres brugeois spécialisés dans la peinture sur toile [dont il reste très peu d'exemples] -les Cleerscrivers- pouvaient seulement travailler sur commande. Il leur était interdit de tenir boutique ou d'exposer leur œuvres sur un comptoir. Un certain nombre de conflits juridiques indiquent pourtant que ces règlements étaient régulièrement outrepassés. Le magistrat de la ville finit donc par autoriser tout le monde à ouvrir un comptoir ou une boutique . Un peintre qui ne possédait pas de comptoir devant son atelier avait le droit d'exposer ailleurs, seul ou avec des collèges. Les -Cleerscrivers- vendaient par exemple leur production dans le quartier du pont Saint-jean. »2

A Bruges, mais aussi a Gant, toutes importation de peinture était quasiment interdite ou lourdement taxée. La seule exception était la période de la foire annuelle, qui constituait pour la majorité des peintres le point d'orgue de leur saison. Durant cette période, chacun été autorisé a vendre et importer dans la ville des marchandises. Ces foires internationales donnèrent une nouvelle dimension à la vente et à la production de tableaux, elles contribuèrent également à établir le succès de la peinture flamande bien au delà des Pays-Bas. Une figure nouvelle apparaît avec ce commerce : le marchand de tableaux. « A Bruges, les marchands de tableaux pouvaient seulement vendre des tableaux dans leurs ''auberges'', a condition d'en avoir reçu l'autorisation du métier des peintres. Pierre van Middemblijc et martin van Axele furent admis à la gilde des libraires en tant que marchand de gravures. Le commerce d'art était souvent une profession complémentaire.[...] Il est probable que les courtiers intervenaient comme marchand d'objet d'art. Les courtiers de Flandre tenaient des ''auberges'' et se trouvaient obligatoirement mêlés à toute transaction commerciale entre étrangers, ce qui leur permettait de jouer un rôle stratégique dans l'exportation des marchandises, [et donc de tableaux]. Toutefois à l'échelle locale « les marchands les plus importants étaient [...] encore les artistes eux mêmes. [...]. Les clients étrangers s'approvisionnaient dans les boutiques et sur les foires. En 1444, un marchand de Valence (aragon) reçut du général Berenguer Mercader la mission d'acheter à Bruges un Tableau de Jean van Eyck, qui devait être offert au Roi Alphonse V d'Aragon. Gregori trouva un saint-Georges et le dragon de la main du maître et, en mai 1444, il fournit le tableau à Mercarder en échange de 2000 réaux. En 1460, la Florentine Alessandra Strozzi demanda à ses fils d'acheter à Bruges des peintures sur toile, pour un maximum de 3 florins pièce. Son fils Lorenzo acheta une Adoration des Mages, un paon en feuillage et une sainte face. Il les envoya à sa mère, qui conserva la dernière œuvre et réalisa un gros bénéfice sur la vente des autres.[...].»3. Ceci illustre tout autant l'échelle à laquelle se déroulent les échanges que la portée du succès de la production flamande.

Si quelques traits particuliers de la production brugeoise, succintement évoqués dans cet article, ont pu participé au "succés" international la peinture flamande, il serait néanmoins tout à fait illusoire de l'expliquer en s'appuyant uniquement sur les modalités de production et d'échanges.
En effet la peinture flamande stupéfait d'abord ses contemporains par la splendeur de la technique à l'huile, et c'est cet aspect novateur à l'époque, qui est aujourd'hui encore souvent mit en avant. Toutefois, un autre élément peut avoir, soutenu par le caractére réaliste de la peinture flamande, contribué à la renommée de celle-ci : la piété.

C'est cette piété qui inspire, comme le note Michel-ange non sans condescendance, soupirs et larmes aux hônnetes gens d'italie. Cette derniére précision n'est d'ailleur pas annodine, car il va sans dire que la spontaineité de la peinture flamande du faire grande impression dans une italie dont les formes d'expressions, alors sensiblement marqué par la première renaissance, amoindrisaient inmanquablement la vigeur de tout message religieux. Peut-être est-ce pour cette raison qu'Alessandra Strozzi en parlant de cette même Sainte face flamande, devait ajouter à son fils que, si par force elle devait renoncer à un tableau, jamais elle ne se séparerait de lui car c'était une « figura divota et bella ».


1.Erwin Panofsky. Les Primitifs flamands, chap III, le problème de la Bourgogne. P169.
2.Maximiliaan P.J Martens. in Les Pimitifs flamands et leur temps. La clientèle du peintre. P176
3.Maximiliaan P.J Martens. in Les Pimitifs flamands et leur temps. La clientèle du peintre. P178.